10 juin 10h00 et 14h00 scolaires

11 juin 20h00 concert en famille

Francis Poulenc

J'écris ce qui me chante

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S’il est un homme attachant dès le premier abord, c’est bien le compositeur Francis Poulenc. À quoi cela tient-il ? En premier lieu à sa faconde puis à son air à la fois débonnaire et distingué. C’est une personnalité franche et directe qui ne pratique pas la langue de bois. Il écoute, il analyse, il brocarde ou il encourage avec toujours beaucoup d’esprit, les artistes de son époque. Sa production d’articles et critiques en tous genres est presque aussi abondante que son catalogue musical.

Nous allons accompagner le compositeur à travers ses écrits et découvrir que de la personne privée à la personne publique et jusqu’au personnage de théâtre, il n’y a qu’un pas. Et pour nous aider à le franchir, il y a le style et quel style! Truculent, imagé, vert quelquefois, il nous entraîne à travers le dédale des souvenirs, chez de vieux domestiques des environs de Moulin, dans les salons privés de quelques excentriques, ou dans l’intimité d’éminents personnages publics tel Jean Cocteau. Quel régal d’écouter Poulenc nous raconter sa jeunesse ; Poulenc nous parler de sa mère excellente pianiste qui lui donne très tôt le goût de Mozart, Schumann et Chopin ; Poulenc jeune dandy fréquentant les guinguettes du bord de Marne où il croisa peut-être le jeune Radiguet et s’encanailla à chanter pour son plaisir les airs à la mode de Polin, Christiné ou de Mayol, l’entendre croquer les mondains et railler les laudateurs de la mauvaise musique dans des articles à l’emporte-pièce.

 

Chez lui, bien souvent, nous voyons le profane côtoyer le sacré et à un opus prêt. Son amour pour la littérature et la poésie fait de lui un homme très exigeant dans ses choix. Ses fidélités artistiques et notamment celles portées à Denise Duval et Pierre Bernac, ses interprètes de prédilection, nous donne à entendre ce que la complicité apporte à l’interprétation. Pour conclure, je dirais que son regard sur la musique en général et les compositeurs de son temps reste pour nous, mélomanes d’aujourd’hui, une source inépuisable de jubilation.

Jean Manifacier

LE SPECTACLE

Ce dialogue à trois nous permet d’explorer et de découvrir le rapport de Poulenc avec les interprètes, les poètes et les compositeurs qu’il admire, de l’entendre bavarder au téléphone avec Denise Duval. C’est aussi l’occasion de découvrir le goût du musicien pour la chanson, qu’il n’hésite pas à fredonner lui-même ou qu’il fait découvrir au public sur son phonographe.

Nous nous sommes appuyés sur la correspondance épistolaire qu’il a tenue des premières heures de la Grande Guerre jusqu’à l’adieu à Denise Duval quelques jours avant sa mort. Nous nous sommes appuyés sur ses lettres réunies par Myriam Chimènes chez Fayard ainsi que sur ses textes et entretiens réunis dans son ouvrage par Nicolas Southon chez le même éditeur et dont le titre a donné son nom au spectacle.

ÇA COMMENCE…

«C’était en 1910, j’avais 11 ans. On circulait en bateau Place de la Madeleine et ma mère, lasse de jouer les vénitiennes du 8ème arrondissement, décida de nous exiler à Fontainebleau. C’est là que s’est produit pour moi un événement capital. Un jour que je me promenais aux abords du château, je rentrai chez un marchand de musique et y achetai entre autres, le Voyage d’hiver de Schubert. Je me précipitai à la maison et m’enfermai pour le déchiffrer.

J’allais d’émerveillement en émerveillement, moi qui venais de la ville, j’y découvrais à la fois les beautés de la campagne, l’hiver et la sublime transmutation musicale de Schubert. Je jouais sans cesse « La corneille », « Le tilleul », « Le joueur de vieille » et surtout cet étonnant « Soleil d’hiver » qui reste pour moi, oserais-je vous l’avouer, la plus belle mélodie du monde.»...

C’est ainsi que par la voix de Francis Poulenc nous entamons ce voyage à travers les quelques 63 ans que dura la vie du compositeur, des guinguettes des bords de la Marne jusqu’à l’opéra Garnier.

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